La chute immobilière de 1990-1991

Pour me distraire de mes lectures historiques sur les krachs de la Compagnie des Mers du Sud et du Système de John Law en 1720, j’ai relu il y a quelques jours le remarquable travail « Chronique d’un désastre. La crise immobilière de 1991 vue dans le journal Le Monde », publié par Deago, le 22 décembre 2005, et qui était toujours dans mes archives.
Ce texte se trouvait encore, il y a peu, sur Immostat et j’espère bien qu’il y réapparaîtra, lorsque ressuscitera ce très regretté site Internet. Car sa lecture est un “must” pour qui ne veut pas mourir idiot.

On sait que, lorsqu’une spéculation financière aboutit à la fin de la cinquième phase de Bagehot - la phase d’engorgement -, en général la chute subséquente est déclanchée par un élément mineur, le plus souvent extérieur à la spéculation.
Dans chaque krach, ce phénomène du déclenchement de la baisse a toujours été très mystérieux. C’est pourquoi j’aurais aimé comprendre les raisons pour lesquelles la spéculation immobilière qui a commencé en France à partir de 1984 s’est brusquement retournée “incognito” à Paris vers mai-juin 1990 et un an plus tard dans le reste de la France.
Pour essayer de comprendre cela, le mieux aurait peut-être été de lire tout ce qu’écrivaient les journaux à l’époque pour les années 1990 et 1991, mais comme je ne me sens pas une âme de vieux fouineur de gazettes, je me suis donc contenté de dépouiller et commenter l’intéressant texte de Deago.

Comme cela permettra peut-être à certains de leur rafraîchir la mémoire, je vous présente donc ma modeste petite chronique à ce sujet, où j’ai indiqué entre doubles parenthèses mes commentaires. Les indices des prix que je donne sont ceux indiqués par la courbe de Jacques Friggit que, malheureusement, je n’ai pas pu ajouter à ce texte, car cela aurait éclairé le propos. On les trouvera sur :

http://www.foncier.org/statistiques/acc … tiques.htm

- 16 mai 1990. « Une étude de la Chambre des Notaires : la hausse du prix moyen des logements à Paris se poursuit inexorablement ». ((Incroyable ! C’est à ce moment-là que la descente commence. L’indice est à 1,53. Ces notaires sont toujours en retard d’une guerre.))
- 6 juin. « Les promoteurs n’ont pas intérêt à la spéculation foncière ».((Bien sûr que non ! Surtout quand on sait qu’un grand nombre d?entre eux feront faillite peu après.))
- 24 octobre. « Nuages sur un marché euphorique. La construction et la commercialisation des bureaux et des locaux d’activité se chiffrent en millions de mètres carrés. Mais la conjoncture tempère les optimismes ».
- 13 novembre. « Selon la Chambre des notaires de Paris, la hausse du prix des logements devrait se ralentir à la fin de l’année ». ((En fait, la Chambre des notaires avait vu juste … avec six mois de retard et ce n’était pas le ralentissement de la hausse qui se produisait … mais l’accélération de la baisse. Quant aux raisons de cet étrange phénomène que personne n’avait vu arriver : aucune explication. Dans la presse : No comment !))
- 9 février 1991. « Une étude du groupe immobilier Auguste-Thouard. Les appartements neufs se vendent plus difficilement en Île-de-France ». ((Tiens ! Tiens !))
10 avril. « Le marché du logement sur le fil du rasoir ». ((Enfin un journaliste courageux. C’est rare de nos temps. Aussi rare qu’un politicien honnête.))
- 12 juin. « Refroidissement sur les bureaux. Le marché est descendu d’un cran et les entreprises se font sélectives. Les professionnels doivent négocier la transition ».
((Cela fait pratiquement un an que les prix baissent à Paris, mais “botus et mouche cousue”.))
- 11 septembre. « Gonflement des stocks, allongement des délais, baisse des prix. La crise de l’immobilier parisien semble s’aggraver ». ((Ça, c’est sûr, puisqu’on sait maintenant que les prix descendaient depuis quinze mois. L’indice était à 1,45.))
- 25 septembre. « Les AGF mettent en vente pour quatre milliards de francs d’immeubles ». ((Ah ! Les petits malins.))
- 16 octobre. « Un triangle d’or dépoli » et « Les banques au c½ur de la crise ».
- 18 décembre. « En Île-de-France, la crise sévit aussi dans le logement neuf ».

((Comme le fait remarquer Deago, la crise est enfin admise, mais, bien sûr, ce n’est pas une “vraie crise”, les prix ne baissent pas, les vendeurs font de la résistance et la reprise est imminente …….. elle se produira à la fin de 1998. Là encore, aucune explication n’est donnée à cet affaissement du soufflé. Tout va très très très bien, Madame la Marquise ! Il y a juste un tout petit rien !))

- 10 mars 1992. Dossier : Immobilier sans frontières. « Le repli avant la reprise ». ((Extraordinaire article quand on le lit a posteriori, car selon lui le marché allemand reste porteur (sic) ; mais, excusons-le, il a au moins vu clair pour le Japon, après le désastre boursier de 1991.))
- 10 avril. « “Drôle de crise” dans l’immobilier. Le Crédit Foncier confirme une baisse des transactions ».
- 23 avril. Supplément Habitat 92. « Paris : le gel des transactions, le marché est bloqué. Les ventes sont en chute libre, mais les prix ne baissent pas vraiment ». ((Autre article extraordinaire : Paris ne s’est pas effondré , certes les temps sont durs, mais les prix n’ont pas chuté de façon vertigineuse. Tant pis pour les ménages qui espéraient dénicher dans la capitale l’appartement de leur rêve pour une bouchée de pain.)) « La crise aux trois visages ». « Province : la crise autrement ». « Les banques malades de l’immobilier ». « Expertise : l’angoisse du juste prix ». « La vérité des fichiers ». « La crise de l’immobilier parisien : la cote des décotes entre particuliers ».
- 13 juin. « Les notaires confirment la baisse des prix du mètre carré à Paris ». ((My God ! Avec deux ans de retard ! L’indice est à 1,3.))
- 9 juillet. « La crise de l’immobilier de bureaux. Cinq marchands de biens sauvés de la faillite ». ((Ouf ! Nous sommes sauvés.))
- 15 septembre. « Perspectives prix : La guerre sans merci. Logement parisien : la douche écossaise ». ((Le Monde se réveille soudainement de sa torpeur et annonce … la chute des prix de l’immobilier à Paris.))
- 13 octobre. « Actualité immobilier : le grand frisson. Les banquiers et les promoteurs serrent les rangs ». ((Eurghhh !))
- 15 octobre. Immobilier d’affaires. « Le dilemme des banques : étaler ou solder » ((Les banquiers se réveillent, eux aussi brusquement, et l’un d’eux s’écrie, probablement tombant dans un gouffre cauchemardesque : « C’est la pire crise immobilière que la France ait connue depuis les années 30 ! »)). « Le spectre de l’effet domino ». « Les années glorieuses ».
- 17 novembre. « C’est le moment d’acheter … pas de vendre ». ((Enfin un bon conseil depuis deux ans et demi !))
- 20 novembre. « La crise de l’immobilier. La baisse des prix des logements a subi un coup d’arrêt à Paris ». ((Absolument faux ! La chute va continuer jusqu’au niveau 0,9 en mai-juin 1998.))

Et cætera ! Et cætera ! Dans tout ce magma de propagande éhontée et de distorsion des faits, à ma grande déception, je n’ai pas pu trouver la moindre explication à cette soudaine dégringolade de mai-juin 1990 à Paris, suivie par toute la France un an plus tard. Je suis donc resté sur ma faim. Peut-être quelqu’un a-t-il une idée là-dessus ?

Cette lecture terminée, est-ce que tout cela ne vous rappelle pas quelque chose ?

B.A.

4 Responses to “La chute immobilière de 1990-1991”

  1. La guerre du golf démarrée un 1 ou 2 août 1990 avait semé la panique, les gens au bureau passaient tous des coups de fil pour liquider leurs actions, mon stage payant (et bien payé !) qui se terminait n’est jms devenu le CDI promis, comme les autres stagiaires de cette grosse boite riche à milliards.

    Les prochains stagiaires ont été des “non-rémunérés”, dès septembre 1990 car “on ne sait pas de quoi l’avenir sera fait” répétait-on dans tous les services. Les mêmes vendaient leurs biens immo non Rés. principale, plutôt que de les mettre en location.

    La France a commencée à plonger et l’immo avec, la réunification a amplifiée la dégringolade éco, mais n’a pas été LE déclancheur… C’est le vécu qui me fait dire ça et les avis d’éminents économistes publiés dans la presse, la guerre du golfe a été un déclencheur important.

    La réunification n’a pas effrayé les gens mais un conflit occident vs. monde arabe : oui ! Je l’ai vécu de mes propres yeux, la panique des X et des énarques, et de tous ceux qui nous dirigent, est descendue vers le bas très vite… Les stages-eclavagisme, la frilosité ont commencé dès août 1990…

    La réunification uggérée par certains c’est absurde comme explication, c’était un événement POSITIF bien vécu, et on savait que l’Allemagne avait des reins solides… Cette discussion je l’ai déjà eu, et des gens calés se marrent quand on leur sort la réunification comme la raison du plongeon de la France dans les années

  2. Contrairement à ce que croient encore certains, la précédente bulle immobilière a éclaté à Paris à l’automne 1990, prenant un certain temps pour envahir le reste de la France. Cela est confirmé par de nombreuses personnes qui travaillaient dans des études notariales à l’époque.

    Les éléments déclencheurs furent la chute boursière au Japon et l’invasion du Koweït.

    Dans la présente bulle, un grand nombre d’indicateurs montrent que nous sommes maintenant dans la situation de septembre 1990. http://www.immonot.com/tendMarche.do#2

  3. En 91 le koweit, en 2007 les subprimes et la crise du crédit. Sauf qu’aujourd’hui la bulle est plus gonflée car les ménages ont augmenter fe façon exagérée leur capacité d’endettement (empreint à 30 ans). S’il faut un autre declencheur on a aussi un petrol à 140$ et en progression, qui entraine de l’inflation et donc une remontée des taux donc des crédits donc encore une crise coté demande.

    Enfin quand je lis l’article (qui est brillant Marie!) j’ai l’impression que l’on est le 11 sept 91.

    D’ailleurs dans ma région (13) les prix baissent depuis début 2007 (je scrute les annonces depuis 2 ans en vu d’un achat futur)

  4. Bonsoir Cyrille,

    Figure-toi que cet article est une réaction d’un très cher canadien à une de mes interventions. J’ai très vite compris que la guerre du golfe a été le déclencheur d’une crise très profonde, l’immobilier a fait demi-tour, les sociétés ont arrêté d’embaucher et ont commencé à développer ces fichus stages non-rémunérés… Et les gens se sont mis en congé ou sont rentrés de vacances pour liquider leurs actions…

    Je me suis fait “allumer” en livrant cette analyse. Et qq’un de très compétant et très bien informé est arrivé, B.A. Ce que j’avais observé et compris intuitivement se retrouve dans les bases de données des notaires.

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